Ce qui compte comme un tic de langage
Les linguistes parlent de pauses remplies ou de marques d’hésitation ; en anglais, on dit filler words. Pour l’orateur, un test plus simple suffit : si vous pouvez supprimer le mot sans changer le sens de la phrase, c’est un mot de remplissage.
| Type | Exemples courants | Où ils apparaissent |
|---|---|---|
| Sons | euh, heu, hum, ben, bah | Au début d’une réponse et entre deux propositions |
| Mots isolés | donc, alors, voilà, genre, bon, quoi, effectivement, clairement, carrément | En tête de phrase ; avant un chiffre ou un nom |
| Expressions | du coup, en fait, en gros, on va dire, en mode, j’ai envie de dire, au final | Quand on atténue une opinion |
| Fins de phrase | …, quoi ; …, tu vois ? ; …, hein ? ; …, d’accord ? ; … et tout ; …, voilà | À la fin de la phrase, à la place du point |
Un même mot n’est pas toujours un tic. « Donc » devant une conclusion sert de balise. « En fait » peut introduire une vraie rectification, et « du coup » exprime normalement une conséquence. Ne comptez un mot que lorsqu’il sert uniquement à meubler. Quand quelqu’un commence chaque réponse par « Alors, du coup, en fait… », il meuble.
Pourquoi nous utilisons des mots de remplissage
- Pour garder la parole. Un son signale à l’autre « je n’ai pas fini », ce qui compte dans les conversations rapides où un silence invite à couper.
- Pour gagner du temps. La bouche démarre avant que la phrase soit prête.
- Parce que le silence paraît plus long à celui qui parle qu’à celui qui écoute. Une seconde de pause en semble cinq quand c’est vous qui êtes debout.
- Pour atténuer. « On va dire » et « en quelque sorte » rendent une affirmation moins tranchée, et moins engageante.
- Par habitude. Les tics de langage s’attrapent au contact de l’entourage, et l’on cesse de les entendre.
Quelques mots de remplissage dans une conversation sont normaux et ne gênent personne. Ils deviennent un problème lorsqu’ils sont assez fréquents pour que l’auditeur remarque la répétition, ou lorsqu’ils se concentrent autour de votre idée la plus importante et vous font paraître hésitant à cet endroit précis.
Ce que donnent les tics de langage en pratique
Avec les tics
« Alors, euh, en fait, ce qu’on a constaté, c’est que, du coup, les clients sont un peu, genre, perdus sur la page des tarifs, voilà, quoi. »
Sans
« Les clients ne comprennent pas la page des tarifs. [pause] Voici ce que nous avons constaté. »
La seconde version est plus courte, et la pause accomplit ce que les mots de remplissage tentaient de faire : elle vous laisse le temps de réfléchir. Elle laisse aussi à l’auditeur le temps d’assimiler ce que vous venez de dire.
Exercice de comptage : repérez vos tics
On ne réduit pas ce que l’on n’a pas compté. L’exercice prend dix minutes.
Enregistrez deux minutes de parole non préparée
Prenez votre téléphone. Répondez à une question qui vous oblige à réfléchir, par exemple : « Quelle est la partie la plus difficile de votre travail, et pourquoi ? » Ne préparez rien.
Écoutez, un stylo à la main
À la réécoute, tracez un bâton pour chaque tic, une ligne par mot : euh, du coup, en fait, voilà. Écoutez deux fois, car certains vous échapperont à la première.
Calculez votre fréquence et repérez vos deux tics principaux
Divisez le total par deux pour obtenir le nombre de tics par minute. Entourez les deux plus fréquents. Ces deux-là sont tout votre programme pour les quinze prochains jours.
Notez leur position
Indiquez si chacun se trouvait en début de phrase, au milieu ou à la fin. La plupart des gens ont une position dominante, et chaque position appelle un remède différent.
Une méthode pas à pas pour réduire les mots de remplissage
Remplacez le son par une respiration
On ne peut pas dire « euh » et inspirer en même temps. Dès que vous sentez un « euh » arriver, fermez la bouche et inspirez par le nez. Entraînez-vous sur dix réponses d’une seule phrase à des questions faciles.
Corrigez le début de la phrase
Si vos tics arrivent en tête (« Alors, euh… »), décidez de vos trois premiers mots avant de parler. Faites-vous poser des questions, attendez une seconde entière, puis commencez par le sujet : « La raison principale, c’est… »
Raccourcissez vos phrases
Les tics en milieu de phrase apparaissent quand la phrase est plus longue que le plan que vous en aviez. Une idée par phrase : point, respiration, phrase suivante.
Terminez sur le dernier vrai mot
Si vous concluez par « …, quoi » ou « …, voilà », entraînez-vous à faire descendre la voix sur le dernier mot utile, puis à vous arrêter. Enregistrez cinq phrases de conclusion et vérifiez que rien ne traîne derrière.
Donnez une structure à vos réponses
Les mots de remplissage se multiplient quand vous ne savez pas où va la phrase. Un schéma simple, comme point, raison, exemple, point, vous indique l’étape suivante, et vous avez besoin de moins de temps pour réfléchir.
Une minute devant quelqu’un
Parlez soixante secondes sur un sujet quelconque pendant qu’un ami tape sur la table à chaque tic. C’est inconfortable et cela agit vite, parce que vous les entendez en direct.
Recomptez au bout d’une semaine
Refaites l’enregistrement de deux minutes avec une autre question et comparez la fréquence. Visez moins, pas zéro. Passez ensuite au mot suivant de votre liste.
Entraînez-vous à répondre sans « euh »
Appliquez la méthode dans un échange réaliste. Dans SayNow AI, vous choisissez une situation, par exemple un entretien d’embauche, vous répondez à voix haute et en temps réel à un interlocuteur IA, puis vous recevez une note et des conseils. La fluidité fait partie des quatre domaines évalués.
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Les erreurs fréquentes
Erreur
Vouloir supprimer tous ses tics d’un coup. Vous vous surveillez tellement que vous perdez le fil.
À faire plutôt
Un mot à la fois et, au début, uniquement pendant les séances d’entraînement.
Erreur
Remplacer un tic par un autre : « euh » disparaît et « du coup » s’installe dans chaque phrase.
À faire plutôt
Le remplaçant, c’est le silence, pas un autre mot.
Erreur
Parler plus vite pour ne laisser aucun vide.
À faire plutôt
Ralentissez. Les tics prospèrent avec la vitesse, parce que la bouche devance le plan.
Erreur
Se corriger au milieu d’une réunion importante.
À faire plutôt
Entraînez-vous dans des situations sans enjeu. En réunion, pensez à votre interlocuteur et à votre point suivant.
